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Suuns, l'irradiation Zeroes QC

25.11.2011

Suuns, l'irradiation Zeroes QC

Il faisait 17 degrés, à Paris, en ce 23 novembre 2011.  Une certaine idée du dérèglement  climatique,  probablement    dû à d’autres raisons que l’enthousiasme relatif à la venue des Suuns, mais quand même : à Ménilmontant, les terrasses bondées des mélomanes en afterwork bruissaient de la promesse d’une date mémorable.
 

On les compare volontiers à Clinic, Kraftwerk ou My Bloody Valentine. Mercredi, les Canadiens ont prouvé qu’ils n’avaient plus besoin de mentors ou de référents : Quarante-cinq minutes d’un set progressif et hypnotique auront suffi pour clouer le bec de toutes les tentations comparatives.

« Je ne sais pas ce qu’il se passe à Paris, mais les concerts ici sont toujours électriques », lançait Shemi Ben, chanteur à la voix discrète mais enveloppante, le genre de flot dont on s’envelopperait volontiers comme d’un mantra pour être sûrs de bien passer l’hiver.
 

Tordu en deux sur son micro comme d’autres s’accrochent à la proue d’un bateau, il nous susurrait à l’oreille des refrains sépulcraux qui nous coulaient au creux des reins et des poignets, qui prenaient aux cheveux et le long de la nuque. Armed for peace commençait, et à son rythme La Maroquinerie tanguait comme un manège vaudou. Mais sur scène, placides et délicats, les quatre rayons de l’astre Suuns irradiaient, concentrés sur ces montées plus travaillées que de la dentelle de Calais. On pensait à de la musique d’autoroute, au bon sens du terme : sur Arena, les paysages filaient à toute allure, les cheveux oscillaient en cadence, on voulait aller plus loin, plus vite, plus fort. Malgré ça, nous n’étions pas pressés d’arriver, Up Past the Nursery plantait ses crocs gourmands dans nos coeurs affolés, la cavalcade obscure fondait sur la foule, généreuse et contenue, véritable mastodonte qui sait prendre son temps – et le public avec.

« Ce serait Radiohead si Thom Yorke n’avait pas été dépressif », disait ma voisine, encore sonnée par les deux rappels du groupe, nerveux et bouleversant jusqu’à la dernière note. On comprenait enfin pourquoi ce soir d’automne se prenait pour l’été : on venait d’entendre de jeunes gens qui ont tout de grands artistes et leur album, Zeroes QC, a au moins mille qualités.

Salomé Kiner de Dominicis

Photo @ Nathan Kiner

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