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Flying Lotus ou le nouvel âge d'or californien

18.07.2013

Flying Lotus ou le nouvel âge d'or californien

Focus sur Flying Lotus pour cette nouvelle édition de la Red Bull Music Academy Thursday, ce soir au Jazz Lab du Montreux Jazz Festival. Malgré le désistement malheureux de son compatriote Gaslamp Killer, le Californien ne représente toutefois pas la seule carte à jouer de la soirée. Le Londonien Pearson Sound remplace en effet, au pied levé, l'éclectique Benjamin Bensussen, pour compléter un line-up international déjà composé de Om Unit, Jackmaster, Oneman et Chief. Nous l'évoquions la semaine passée, cette affiche montreusienne de la RBMA développe les autres versants électroniques de ses activités, plus aventureux et sombres, plus proches de la dubstep et du Hip Hop que ne le furent les deux éditions précédentes, en 2012 et 2011. Mais tout aussi passionnante, la plupart des artistes présents, qui ne se sont que très peu – voire jamais - produits en Suisse, chacun proposant un terrain d'expérimentation sonore très actuel valant le détour.

La "musique d'aujourd'hui (comme aime l'appeler le metteur en scène et musicien Christophe Jaquet) suit en effet la tendance au décloisonnement des genres exprimée dans la culture contemporaine. Et aussi celle de nouveaux modèles économiques, impactant sur ceux artistiques. Désormais, c'est sur le web que se produisent les grands actes musicaux et se relaient les films musicaux. Flying Lotus, l'un des artistes américains le plus en phase avec son époque, manie à cet effet les multiples couches inhérentes de sa discipline et fait de ses clips de véritables oeuvres d'art. "Until The Quiet Come" combine par exemple trois titre du déjà classique quatrième LP éponyme dans ce court métrage réalisé par Kahlil Joseph, aussi beau qu'un film de Jarmusch. "Tiny Tortures", par David Lewandowski, avec Elijah Wood en guest star, peut se voir lui comme une nouvelle étape visuelle, techniquement imparable. Ces productions visuelles ne sont pas de simple supports promotionnels, mais participent véritablement de l'identité artistique. Et puis, de promotion, Steven Ellisson semble ne pas en avoir besoin, ou, du moins, ne respecte pas les plans en vigueur. Il suffit de suivre son fil Twitter pour relever une attitude pour le moins stupéfiante, entre onomatopées ("V", "won", "yawl", #1), statuts définitifs et absurdes ("theres a lot of cowboy shit in this album in my opinion..", "I was like YEP", "Don't u ..ever ..leave me ..turbo tronnnnnnnnnnnnn!!!!") et critiques rigoureusement brèves ("I thought spring breakers was gonna b awful but It's actually some bizzaro masterpiece", "Park Chan Wook is next level though. his ocd attention to the details is inspiring"). On ne passera pas à côté des splendides "Today was weird, energetically", "It's dope that most of the people who listen to my music also make music", et, pour terminer, "VHS 2 was also really good. Damn".

Sinon, musicalement, Steven Ellisson ne s'égare pas avec son projet Flying Lotus; même si on récent LP ("Until the Quiet Comme") est peut-être son album le moins salué par la critique, le Californien s'est installé durablement comme l'un des artistes électro les plus influents et novateurs au monde, cassant tous les schémas et idées pré-conçues autour des paroisses musicales. L'autre mérite de ses odyssées musicales est de laisser la porte ouverte au grand public, réussissant là où certains péchèrent (l'album atteignit notamment le 7ème rang du classement américain Billboard). Après des premiers disques autobiographiques et de nombreuses productions Hip Hop sous le nom de Captain Murphy, projets cinématographiques côtoyant ses clips et autres activités démentes sur le web, Steven Ellison réuni pour cet album Erykah Badu, Thom Yorke, Niki Randa, Laura Darlington, collabora encore une fois avec Thundercat dans une forme contemporaine de concept album: exemple même de musique inclassable, transgenre, mêlant avant-garde jazz à des pures pièces hantées, le tout sans vraiment savoir si tout ceci est bien joué ou samplé. Until the Quiet Come est un de ces disques modernes qui a la qualité (rare) d'être intemporel, à conseiller à n'importe quel amateur de musique novatrice, surtout aux amoureux du concept de disque-esthétique.

Avec une ligne de conduite solide, exigeante, complexe mais pas élitiste, le projet Flying Lotus explore les nombreux territoires et influences des musiques dites urbaines, n'hésite pas à faire des incursions dans l'âge d'or des productions soul, jazz et R&B, et frappe quand on ne l'attend pas. Huit petites années de productions musicales pour se hisser à la hauteur des grands noms de son label Warp (Aphex Twin, Autechre, Boards of Canada), offrir une lecture actuelle de la place forte de Los Angeles, ville qui semble vivre un nouvel âge d'or artistique et contribuer à l'excellente forme de la scène électronique nord-américaine. Intervenant régulièrement aux workshops et conférences de la Red Bull Music Academy, Steven Ellisson personnifie mieux que quiconque cette plateforme musicale née en 1998. Sa venue à Montreux n'en est que plus attendue. Et, encore une fois, on n'oubliera pas les artistes le précédent ce soir-là, entre le back to back de Jackmaster et Oneman, le Suisse Chief et les Londoniens Om Unit et Pearson Sound.


Julien Gremaud
Red Bull Music Academy
www.redbullmusicacademy.com


A lire (en anglais): l'interview de Flying Lotus par Adrian Schräder pour le Red Bull Jazz Note
http://www.redbulljazznote.ch/home/the-sound-of-the-seeking-individual

 

Photo: Flying Lotus © David Lang / RBMA
 

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